Performance en entreprise : combien nous coûte ce qui nous empêche d’agir ?
Et si nous cherchions les économies au mauvais endroit ?
Dans l’État comme dans les entreprises, nous gagnerions à ajouter une colonne à nos tableaux Excel.
À côté du coût de ce que nous faisons,
inscrivons aussi le coût de tout ce qui nous empêche de bien faire.
La question mérite d’être posée alors que la France prépare un budget 2027 sous forte contrainte. La croissance attendue pour 2026 vient d’être ramenée à 0,7 % (1) et la maîtrise des dépenses est clairement affichée comme une priorité.
Dans nos entreprises, la question de la productivité se pose aussi : selon l’Insee, elle reste en 2025 4,3 points en dessous de sa tendance d’avant-Covid.
Et si une partie du sujet était aussi là ?
Dans nos lenteurs.
Nos strates de validation.
Nos procédures qui s’empilent.
Nos réunions qui débouchent sur d’autres réunions.
Nos compétences disponibles mais mal utilisées.
Et dans toutes ces heures passées à contourner les difficultés de l’organisation pour parvenir, tout simplement, à faire son travail.
Tout cela a un coût. Humain, évidemment. Mais aussi économique.
Faire plus avec moins ?
L’arrivée de l’IA rend la question encore plus intéressante.
Son utilisation par les entreprises françaises (2) a triplé en deux ans : 18 % l’utilisent désormais et cette proportion atteint 58 % dans les entreprises de 250 salariés ou plus.
Plus intéressant encore : 73 % des entreprises utilisatrices déclarent recourir à l’IA pour optimiser leurs coûts : gagner du temps, automatiser des tâches répétitives, économiser de la main-d’œuvre.
Très bien.
Mais automatiser une procédure inutile ne la rend pas utile.
Accélérer un processus mal conçu ne le rend pas plus pertinent.
Et si nous commencions aussi par mesurer ce qui empêche les personnes d’agir efficacement ?
Chercher l’information.
Attendre une validation.
Relancer.
Trouver qui peut décider.
Produire un reporting dont on ne sait plus très bien qui le lit.
Pendant ce temps-là, nous demandons aux managers et aux collaborateurs toujours plus d’autonomie, d’initiative et d’agilité.
Mais quelles sont réellement leurs marges de manœuvre ?
Osent-ils proposer ? Prendre des initiatives ?
Le peuvent-ils ?
Et les femmes dans tout cela ?
La question se pose aussi, évidemment, en matière de mixité.
Nous formons les femmes au leadership. Nous les accompagnons. Nous les mentorons. Nous leur demandons d’oser davantage.
Mais que se passe-t-il si, dans le même temps, elles restent moins écoutées, moins présentes dans certains réseaux ou plus éloignées des lieux où se prennent réellement les décisions ?
Former les femmes à agir davantage ne suffit pas si l’organisation continue, parfois, à les empêcher de peser.
C’est précisément ce que je développe dans mes travaux sur la mixité : nommer davantage de femmes ne produit pas durablement ses effets si la culture et les pratiques réelles de l’organisation ne changent pas.
Et là aussi, il y a un coût économique : celui de compétences, d’idées et de talents dont nous n’utilisons pas tout le potentiel.
Alors, puisque nous allons compter, comptons tout
Le coût de ce que nous faisons.
Mais aussi celui de nos lenteurs, de nos complexités inutiles, de nos compétences sous-utilisées et de toute cette énergie dépensée à faire fonctionner nos propres systèmes.
C’est là que se joue aussi notre puissance d’agir :
non pas dans une nouvelle injonction à être plus agile, plus audacieux ou plus résilient, mais dans notre capacité réelle à décider, à utiliser nos compétences et à peser sur ce qui nous concerne.
L’IA nous offre une formidable occasion de remettre tout cela à plat.
Pas seulement pour nous demander : combien pouvons-nous économiser ?
Mais aussi : de quoi pouvons-nous enfin nous débarrasser pour mieux travailler ?
À force de compter ce que l’action coûte, nous avons peut-être oublié de compter ce que l’impuissance à agir nous coûte.
(1) Croissance française:
Après un recul de 0,2 % au premier trimestre, le PIB a stagné au deuxième. Fin août, l’acquis de croissance pour 2026 n’était ainsi que de 0,3 %.
(2) Utilisation de l'IA :
En 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisent au moins une technologie d’IA. Elles n’étaient que 6 % en 2023. Et la proportion atteint 58 % dans les entreprises de 250 salariés ou plus. Plus révélateur encore : parmi celles qui utilisent l’IA, 73 % déclarent le faire pour optimiser leurs coûts.


