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Covid-19 : les femmes au pouvoir

Leadership

De Taïwan à la Nouvelle-Zélande, de l’Allemagne à la Norvège, les dirigeantes ont été saluées dans les médias pour leur réaction face à la pandémie. Un an après l’apparition de la Covid-19, un bilan politique s’impose : ​le genre des décideurs a-t-il été déterminant dans la prise en charge de la crise sanitaire ?

Les chiffres ne mentent pas. D’après une étude menée par Supriya Garikipati et Uma Kambhampati, chercheuses en économie à l’Université de Liverpool, les pays dirigés par une femme se sont plus rapidement confinés durant l’épidémie de Covid-19 et ont un taux de mortalité en moyenne deux fois inférieur à ceux dirigés par un homme. La Nouvelle-Zélande, gouvernée par la Première ministre Jacinda Ardern, a enregistré vingt-cinq décès depuis le début de la crise et a même réussi à diminuer de 11 % la mortalité par rapport aux années précédentes. L’Allemagne d’Angela Merkel ne fait désormais plus figure de bonne élève et a récemment décidé de renforcer les mesures restrictives face à une troisième vague de Covid-19 plus virulente. Elle compte toutefois un taux de mortalité inférieur de près d’un tiers à celui de la France. Le même discours vaut pour Taïwan, la Norvège, la Finlande ou le Danemark, tous quatre gouvernés par des femmes. Cela ne signifie pas que les chefs d’État au masculin aient échoué face au virus, il suffit de regarder le Vietnam du président Nguyễn Phú Trọng ou le Canada de Justin Trudeau. S’il est facile de comparer des taux de mortalité, il est plus ardu de mettre sur le même plan l’histoire, les institutions, la géographie, la culture et la population de ces pays, éléments qui déterminent également la gestion de la crise. Toutefois, une dynamique de genre est bien présente dans les choix de communication et dans les différences de ​leadership ​entre les femmes et les hommes au sommet des États.

L’amour ou la guerre

Les chefs d'État qui ont opté pour un discours martial sont dans leur majorité des hommes. Parmi eux, Emmanuel Macron, martelant lors de son allocution du 16 mars 2020 « Nous sommes en guerre » et invitant la nation à « une mobilisation générale » contre « un ennemi invisible ». Un discours suivi par l’italien Giuseppe Conte, qui a tenu des propos similaires. Au Royaume-Uni, Boris Johnson a laissé entendre une perte humaine inévitable. Fabio Montermini, directeur de recherche au CNRS en CLLE (Cognition, Langue, Langage, Ergonomie), attribue ce constat à « une position de faiblesse chronique » de ces gouvernements. Il développe : « Ces chefs d'État ont été élus avec des pourcentages assez bas et ont eu besoin de rassembler l’opinion publique autour d’eux et d’élever un mur de défense.

Ils ont répondu à ces besoins à travers un langage militaire, une métaphore ancienne et rassurante face à une épidémie. » De leur côté, les dirigeantes ont adopté un discours plus empathique en communiquant avec la population via les réseaux sociaux, comme Jacinda Ardern avec ses Facebook Live ou en s’adressant spécialement aux enfants, comme l’ont fait les Premières ministres norvégienne Erna Solberg et finlandaise, Sanna Marin. Mais au fait, une femme est-elle plus empathique qu’un homme ? « Il est prouvé que le cerveau de la petite fille a une composante empathique un peu plus forte, explique ​Isabelle Deprez, créatrice et ex-directrice scientifique du programme Femmes et Dirigeantes à ESCP Europe, mais le cerveau humain étant plastique, cette empathie se développe au fil de l’expérience de vie. » En clair, les stéréotypes de genre se traduisent par une éducation et une culture qui demandent aux femmes de développer cette capacité plus que les hommes. L’étude ​de l’université de Liverpool renforce ce constat en montrant qu’il existe des connexions neurobiologiques propres à la femme qui agissent sur l’empathie : elles intègrent différemment une information émotionnelle dans la prise de décision. Ses conclusions démontrent que les dirigeantes ont préféré prendre un risque économique plutôt qu’humain.

Les dirigeantes plus promptes à l’échange

Pour Isabelle Deprez, « ce qui a été décisif pendant la pandémie, ce n’est pas tant le genre des dirigeants, mais plutôt la confiance qui leur a été accordée, grâce aux mesures proposées ou à leur manière de communiquer ». En France, le rapport au pouvoir est en train de basculer d’une culture hiérarchique et centralisée à une culture plus égalitaire et la défiance à l’égard de l’attitude solennelle d’Emmanuel Macron en est une preuve. Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Robert Schuman et experte de l’Union européenne et de ses politiques, rejoint cette conclusion : « C’est une spécificité française : l’institution du président de la République ne connaît pas la signification du mot consultation. » En Allemagne, Angela Merkel, physicienne de formation, a mis en avant dès le début l’avis des scientifiques et a pris le temps d’expliquer très clairement la situation dans des conférences de presse, s’exposant directement aux questions. En mars 2020, sept Allemands sur dix jugeaient les mesures adoptées par la chancelière suffisantes, contre trois Français sur dix concernant les mesures adoptées par le président français à la même période.

Les femmes ne sont pas plus compétentes que les hommes. Mais leur façon de gérer le leadership​, qu’il s’agisse d’un poste de chef d’État ou de chef d’entreprise, est objectivement différente. D’après Pascale Joannin, « les femmes ont tendance à s’entourer et écouter plusieurs avis différents avant de prendre des décisions », contrairement aux hommes qui ont une attitude plus autocratique et directive. D’ailleurs, le cercle politique est un moyen efficace de souligner les différences de genre. L’experte de l’Union européenne ajoute : « Les hommes s’entourent d’hommes provenant du même milieu, ils reproduisent un schéma de clan, alors que les femmes recherchent la mixité, l’échange, la remise en question. » Le plafond de verre, expression désignant les obstacles à l’avancée des femmes dans la hiérarchie professionnelle, pourrait être la raison de ces dissonances. « Les hommes fonctionnent par mimétisme et ils ne se remettent pas facilement en cause, car ils n’ont pas été confrontés aux mêmes difficultés que les femmes dans le monde professionnel, complète Isabelle Deprez, c’est une question de ressources plus que de compétences. »

Contraintes de s’adapter constamment, les dirigeantes disposent donc de plus d’atouts pour réagir en situation de crise.

 

Merci à  Francesca Vinciguerra, Marie Maison, étudiantes à l’Ecole de journalisme de Toulouse (EjT)

pour cet excellent article :)

 


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